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M. Dominique RECH est professeur agrégé d'Histoire-Géographie au Lycée de Bagnères de Luchon, DEA "Les élites urbaines tarnaises au XVIIIe siècle", Conseiller à la Société des Etudes du Comminges, adhérent des associations APHG, CultuRêve et Clionautes
Premier ouvrage de la série, il permet de comprendre les origines du chevalier Guilhem d'Ussel à la fin du 12e siècle. Dans un Moyen Age occidental où des roturiers doués par les armes pouvaient accéder aux grades d'écuyer puis de chevaliers adoubés par leurs seigneurs. Un Moyen Age occidental qualifié de "classique" par les historiens car il est l'apogée du développement agricole (réchauffement climatique naturel), et par conséquent le développement d'une bourgeoisie marchande et cléricale urbaine. Un développement économique soutenue par les monarchies, dans un contexte de conflit féodal territorial entre la monarchie française de Philippe Auguste face à celle monarchique anglaise de Jean Sans Terre et théologique du Pape italien Innocent III.
L'abbaye bénédictine de Cluny, véritable empire clérical, connait des difficultés financières face à l'ordre des Cisterciens par son refus de se réformer. Trop riches, les moines ont oublié l'ascétisme, comme le rappelle le célèbre "Roman de la Rose" de l'italien Umberto Ecco, si bien repris par le réalisateur français Jean-Jacques Annaud.
Dans ce roman, sur fond de conflits entre lignages seigneuriaux, l'abbaye croit attirer de nouveaux pèlerins , et donc de nouvelles ressources financières, en recevant un de ces nombreux vendeurs de reliques. Un moine est aux portes de l'abbaye avec, en sa possession, une des plus importantes reliques du monde chrétien : " la Sainte Lance " qui a tué le Christ (pourtant à Constantinople). Un parchemin d'Antioche semble en attester l'authenticité. L'or pleut dans les mains du sauveur. Mais la relique disparait, en même temps que Joceran dOc, moine-médecin. Cette nuit, il s'enfuira avec sa mie, moniale elle aussi, pour vivre leur grand amour. Un chevalier, attaché à l'abbaye, Arnuphe de Brancion " ne relevant que de Dieu et de son épée ", se met à leur poursuite, la mort dans l'âme car ce même médecin l'a sauvé de la mort. " Rapportez la Sainte Lance , c'est tout ! décida l'abbé . Peu me chaut ce Judas et sa prostituée ! Que, comme Jézabel, elle soit mangée par les chiens ! " (page 117).
Comme d'habitude, Jean D'Aillon a l'art de faire se rencontrer des personnages aux forts caractères mais aux vies troublées. En effet, Antoine, un adolescent ouvrier tanneur de Marseille, élève moine suite au décès de son père, venge sa famille en tuant le persécuteur de sa mère. " Sa nuit fut peuplée de cauchemars, mais s'il cria d'épouvante, chaque fois qu'Aubert apparaissait pour le mener en enfer, personne ne l'entendit . (page 41).
Sa fuite est imprégnée de la peur d'être repris. Il vit la misère mais avec un courage et un tempérament qui vont modifier son esprit et son destin. Suite à plusieurs rencontres (un rémouleur, des routiers, des acrobates, des chevaliers troubadours, etc), il apprend à fortifier ses capacités techniques (armement, troubadour), et aussi à tuer. Il s'appellera désormais Guilhem d'Ussel. " Il resta allongé, songeant à son passé. Tous ceux qu'il avait aimés, tous ses amis, avaient disparu. (page 259).
Le personnage est persuadé d'être mauvais, d'attirer le malheur sur ses proche, maudit par Dieu pour ses crimes forcés. Il est profondément admiratif de l'idéal chevaleresque, mais aussi à la recherche d'amour et de justice.
Jean D'Aillon est doué par son écriture fluide, par la richesse des descriptions qui permettent un bain dans l'ambiance de l'époque historique traitée, par la profondeur psychologique et sociale de ses personnages, par les nombreux clins d'œil aux auteurs historiques célèbres.
Cet ouvrage est un régal ! Au même titre que plusieurs de ses romans de ses autres séries aux personnages de Holmes, Robert de l'Aigle, Pietro da Sangallo.






